On l’appelle le golfe Argolique, parce qu’il baignait les terres antiques de l’Argolide, royaume des vieux mythes grecs et des héros oubliés.
Au nord-est, parmi les montagnes parfumées de pins, s’élevait Épidaure avec son théâtre antique où les voix humaines semblaient parler directement aux dieux. Et puis, au bord même de la mer, entre les montagnes et les eaux lumineuses, apparaissait Nafplio.
Les marins racontaient que cette ville était née d’un rêve entre la pierre et la mer.
Ses ruelles étroites montaient doucement vers les collines tandis que les bateaux de pêche dormaient encore dans le port. Mais Nafplio n’était pas une ville comme les autres.
Depuis des siècles, elle gardait l’entrée maritime du nord-est du Péloponnèse. Tous les navires qui traversaient cette partie de la mer Égée devaient apercevoir ses forteresses. Car ici passaient autrefois les routes commerciales reliant l’Orient, les îles grecques, Constantinople et les ports de la Méditerranée.
Et c’est là que commence la vieille légende des deux sentinelles.
La première s’appelait Palamidi.
Les habitants racontaient que Palamidi était un aigle de pierre. Ses bastions gigantesques observaient le golfe Argolique jour et nuit. Depuis ses murailles, les gardes pouvaient voir les voiles apparaître très loin sur la mer, bien avant que les navires n’atteignent Nafplio.
Lorsque soufflaient les vents venus de la Méditerranée orientale, les soldats montaient les longs escaliers de pierre et regardaient l’horizon avec inquiétude. Car à cette époque, les empires se disputaient la Grèce : les Vénitiens venus d’Italie, les Ottomans venus d’Orient, et les Grecs qui rêvaient de liberté.
Alors Palamidi changea plusieurs fois de maître. Vénitienne d’abord, ottomane ensuite, puis grecque enfin, elle conserva dans ses pierres les mémoires de toutes ces civilisations.
Mais au pied de cette grande forteresse vivait une autre gardienne.
La nuit, lorsque la lune éclairait les eaux de la baie, sa silhouette apparaissait comme une ombre noire posée sur la mer Égée. Les Vénitiens l’avaient construite pour protéger l’entrée du port. Autrefois, une énorme chaîne de fer était tendue entre Bourtzi et les quais de Nafplio afin d’empêcher les navires ennemis d’entrer dans la ville. Ainsi, Palamidi surveillait la montagne,et Bourtzi surveillait la mer.
L’une regardait les terres du Péloponnèse. L’autre observait les eaux du golfe Argolique. Pendant des siècles, les deux forteresses vécurent ensemble face aux tempêtes, aux guerres et aux invasions.
Elles virent passer les galères vénitiennes, les voiles ottomanes, les bateaux marchands venus des îles grecques et les navires des révolutionnaires grecs. Puis le temps changea. Les guerres s’éloignèrent. Les canons se turent. Les soldats disparurent.
Aujourd’hui, Nafplio est devenue l’une des plus belles villes de Grèce.
Palamidi se colore d’or et de cuivre au sommet de la montagne. Bourtzi devient une silhouette noire flottant sur les eaux calmes de la baie.
Et le vent marin semble encore transporter les voix anciennes des marins, des soldats et des voyageurs. Alors celui qui arrive à Nafplio par la mer comprend une chose essentielle : certaines villes ne racontent pas seulement l’Histoire. Elles continuent de la rêver.












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